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Lettre ouverte - Claude MORIN » Article Tourmag - André Chapaveire »
04-2012 - L'infomédiation touristique en temps réel.
Les institutions ne sont plus à la hauteur des ambitions de notre économie touristique

Carte Blanche à... André Chapaveire, Président de la FNCRT

Pour André Chapaveire, président de la FNCRT, vice président au tourisme et au thermalisme de la Région Auvergne et du CRDT Auvergne,
il n’y aura pas de croissance de l’industrie touristique si il n’y pas de volonté à faire évoluer l’organisation institutionnelle de ce secteur
économique. Il propose pour cela des pistes de réflexion qui tiennent en 5 propositions principales.


Cette réflexion inhérente à l’organisation du tourisme français est un sujet qui revient souvent comme thème de colloque et de congrès tant cette
organisation est d’une complexité déroutante, aussi bien pour les élus que pour les socio-professionnels qui n’ont jamais considéré que la multiplicité
des structures était LE gage de performance.

Millefeuille indigeste pour les uns, source de dispersion des forces vives pour les autres, une chose est sûre, l’organisation institutionnelle, née de la loi
de 1992 ne donne plus satisfaction et dénote sérieusement dans le contexte de rigueur budgétaire actuel.

Disons le clairement, cette organisation n’est plus à la hauteur des ambitions de notre économie touristique nationale et cela pose encore plus
de problèmes quand notre pays perd des marchés dans un climat d’hyper concurrence. Il sera difficile de donner au secteur du tourisme sa vraie place
si les acteurs institutionnels n’ont pas le courage d’engager eux-mêmes les réformes nécessaires.

Refuser de poser le débat calmement et posément au seul risque de perdre sa compétence, donc sa légitimité, n’est plus tenable
dans un contexte de crise budgétaire.

Il sera difficile de donner au secteur du tourisme sa vraie place si les acteurs institutionnels n’ont pas le courage d’engager eux-mêmes les réformes
nécessaires.

Nous n’avons pas forcément besoin de l’intervention du législateur pour mener toutes les réformes nécessaires dès lors que nous considérerons qu’il y a
une différence à faire entre la compétence partagée en matière de financement de l’investissement du tourisme qui est une bonne chose, et l’obligation
qui serait faite aux collectivités de se doter d’un organisme local de tourisme, communal, départemental ou régional.

C’est un abus d’interprétation de considérer que puisque ma collectivité est compétente en matière de tourisme, il est donc logique
que j’élargisse celle-ci à des missions de promotion par exemple et que je crée et finance mon Office ou mon Comité de Tourisme.


Présent à l’occasion de la dernière université du tourisme rural qui se déroulait à Bergerac sur le thème de l’innovation, un intervenant précisait à juste titre
que dans les entreprises, l’innovation concernait à plus de 80% le secteur de l’organisation du travail, de la production, de la recherche…



5 propositions pour une meilleure organisation

Quelles pourraient donc être les principales innovations qui pourraient impacter l’organisation du tourisme et la rendre globalement plus efficiente :
     - 1 : modifier le financement et la gouvernance du tourisme institutionnel.
       Il faut «croiser» les financements des organismes locaux du tourisme et proposer que ceux ci soient le fait de financements publics (les collectivités)
       et privés (les entreprises) grâce à une «participation professionnelle».

       Face à ce financement, il serait donc logique de faire évoluer le statut juridique du système associatif le plus largement répandu actuellement,
       à celui d’organismes professionnels comme on peut en trouver par exemple dans la gestion des signes de qualité du secteur de l’agroalimentaire.

       Dans cette hypothèse, la gestion de ces organismes professionnels situés juridiquement entre l’association et le régime consulaire serait assurée
       à part égale par les représentants des collectivités et les socio-professionnels du territoire concerné.

     - 2 : rationaliser le nombre de structures en cherchant le plus souvent possible le regroupement à des échelles géo-touristiques
       pertinentes.

       Il faut oser considérer que nous aurons besoin d’un nombre minimum de lits marchands pour créer un office de tourisme.
       Il faut admettre que le marketing digital en particulier et le numérique en général nous obligent à plus de services en faveur des touristes et que ces
       services ne pourront être mis en œuvre qu’en regroupant les structures, donc les salariés.

       Dans le même ordre d’idée, il faut à l’échelle de ces mêmes territoires géo-touristiques, favoriser de nouveaux modes opératoires plus collaboratifs
       qui permettraient de partager les fonctions marketing.

       C’est ce que viennent de faire le département du Puy de Dôme et la Région Auvergne en mutualisant les services marketing de l’Agence
       départementale du tourisme avec le Comité Régional du Tourisme.

     - 3 : fusionner les fédérations nationales car on ne peut plus continuer à laisser croire que les intérêts des organismes locaux communaux
       départementaux et régionaux sont si contraires et opposables qu’il faut donc autant de fédérations que d’échelons territoriaux.

       Il faut là aussi le dire, cette organisation ne sert pas les intérêts des salariés des organismes de tourisme qui sont de fait pénalisés par l’absence
       de plan de carrière, de plans de formations, de gestion de leur ancienneté…

       Le tourisme français a besoin de construire de la solidarité, de l’unité, il a besoin de «faire ensemble» et pas de «faire contre» et pour cela la fusion
       des fédérations serait un signe fort envoyé à tous les acteurs de la profession.

     - 4 : Soutenir la «Marque France», dans un contexte d’hyper offre donc d’hyper concurrence, nous avons l’obligation de renforcer
       notre présence sur les marchés étrangers et émergents.

       Il faut pour cela créer les vraies conditions d’un partenariat entre les Offices et Comités de tourisme d’une part et les services et bureaux
       d’Atout France d’autre part. Notre pays n’a pas su comme l’Espagne par exemple, construire un «modèle partenarial contributif» qui engagerait
       chaque CRT et CDT à cofinancer sur des bases claires et acceptables pour et par tous (nombre de lits marchands par ex) la promotion de la France
       à l’étranger.

       La promotion de la destination France doit être républicaine donc indivisible, et pour cela, la promotion de tel ou tel territoire ne doit plus être
       uniquement fonction du seul cofinancement pouvant être apporté par les partenaires territoriaux d’Atout France.

     - 5 : Créer une organisation réceptive puissante : comment promouvoir la France sans la vendre.
       Sur ce terrain nous allons d’échecs en échecs parce que nous manquons de méthode et d’objectifs. Là encore il serait bon de regarder comment
       des destinations comme l’Islande ont organisé le tourisme réceptif en allant jusqu’à se doter d’une compagnie aérienne saisonnière (Island Express)
       pour renforcer leur capacité d’accueil.

       Il faut créer les conditions d’un partenariat public privé au service de l’accueil des clientèles étrangères bien sûr mais aussi nationale.
       Si la destination France se vend mal, c’est parce que sa mise en marché est défaillante.

       Il faut là encore regrouper les acteurs, à commencer par les réceptifs privés et publics en leur proposant d’intégrer des réseaux commerciaux.
       On peut facilement imaginer que les Offices de tourisme des grandes villes disposent de «Corners» pour vendre la France.

       Parce qu’il n’y aura pas de vraies performances économiques dans le secteur du tourisme sans organisation performante, il faut créer les conditions
       d’une nouvelle gouvernance privé/public qui réponde aux futurs enjeux du tourisme français.

       Le débat qui doit être initié doit placer les intérêts des socio-professionnels, des touristes, des salariés des Offices et comités de tourisme,
       des territoires avant ceux… des élus de ces mêmes territoires.

       Nous, élus du tourisme dans nos territoires, nous devons rester dans la définition des objectifs (et des moyens) assignés à l’économie touristique
       et cesser de rentrer dans la définition des stratégies qui permettent de tenir les objectifs. Nous devons créer les conditions d’une nouvelle organisation
       plus performante pour notre économie en acceptant que cette performance soit avant tout celle des entreprises touristiques de nos territoires.

       André Chapaveire
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